Ce
qu'était l'organisation des mission Jésuites
Les missions sont sous la responsabilité de deux jésuites.
L’un est responsable du spirituel, l’autre de l’administration.
Ce dernier travaille en collaboration avec un Cabildo, indigène
élu pour un an par ses pairs. Toute une administration indigène
est mise en place par transposition du modèle espagnol (corregidor,
alcades, alguaciles). Le système traditionnel des «caciques»
est également maintenu. Le code civil et pénal est très
avancé du point de vue humanitaire : pas de peine de mort, pas
de peine dépassant les dix ans de réclusion. Une milice
protège efficacement la communauté. L’économie
prend un essor fulgurant grâce à la désédentarisation
de la population : développement de cultures vivrières,
des élevages, établissement d’un artisanat au service
de la communauté. Les échanges commerciaux se font grâce
au système de troc. Mais la vente des produits à l’extérieur
permet une certaine capitalisation. Les Indiens travaillent à
mi-temps au profit de leur famille, à mi-temps pour le bien de
la collectivité. Cette production collective facilite le développement
d’oeuvres d’intérêt commun comme l’assistance
sociale auprès des plus démunis, la production artistique
et religieuse.
Dans la droite ligne de la jeune tradition jésuite, l’éducation
tient une place centrale dans la vie quotidienne : catéchisme
et alphabétisation dans la langue locale, notions d’espagnol
et de latin, apprentissage des métiers, de la comptabilité,
de la musique et du chant.

Plan d'une Mission Guarani
Six ensembles de « réductions » (installations des
Indiens christianisés) inspirées des cités idéales
des philosophes du XVIe siècle que les jésuites fondèrent
de 1696 à 1760 et où se mêlent étroitement
architecture catholique et traditions locales, San Francisco Javier,
Concepción, Santa Ana, San Miguel, San Rafael et San José,
forment aujourd’hui un patrimoine toujours vivant sur l’ancien
territoire des Chiquitos que nous visiterons.
Missions Jésuites :la tradition musicale
Fondée en 1689 par les jésuites, la mission de
San Ignacio de Mojos dans la nord de la Bolivie (Beni) a non seulement
conservé son église et de nombreuses traditions religieuses
et sociales, mais aussi un important patrimoine musical.
Celui-ci nous est parvenu surtout grâce aux «Taitas»,
les anciens du village, qui ont conservé les partition de musique
baroque du XVIIe en les retranscrivant de génération en
génération. Aujourd’hui, en faisant appel à
la tradition orale, les Indiens Mojos continuent d’interpréter
certaines oeuvres pendant les fêtes religieuses, mais ne sont
plus capables de déchiffrer les partitions et de transmettre
ce patrimoine aux plus jeunes. Dans les missions, il était possible
de se consacrer exclusivement à la musique. La formation musicale
se faisait au sein de la mission, dans les écoles où étaient
donnés des cours de solfèges, composition, chant, pratique
d’un instrument, etc. Ils fabriquaient également leurs
propres instruments (violons, violoncelles, flûtes et bajones,
orgues, harpes). Chaque réduction comptait un choeur et orchestre
formé de plus ou moins 40 musiciens.
Des écoles de musiques et de fabrication d’instruments
perpétuent encore aujourd’hui ce savoir faire. Pour participer
à la restauration des églises, chaque population a reçu
pour tâche de renouveler un groupe de musique et chants de l’époque
des jésuites, à partir des partitions retrouvées
dans les églises. Aujourd’hui ces groupes charment les
visiteurs par la pureté et l’authenticité de leur
art et se produisent pour des occasions spéciales ou dans les
festivals de musique baroque du monde entier.